Les leçons du passé
En dressant le bilan de l’année 2007, j’ai beaucoup pensé à Sir John Templeton. Cet investisseur de renom savait tirer les enseignements du passé. « Cette fois, c’est différent », entend-on dire souvent… Pour Sir John Templeton, ces quatre mots sont peut-être les plus coûteux de l’histoire des marchés boursiers!
Le contexte
Les investisseurs ont eu droit à de véritables montagnes russes en 2007. Après plusieurs années consécutives de forts rendements boursiers, la réalité nous a rejoints : sur les marchés financiers, tout ce qui monte peut aussi redescendre.
La volatilité des cours s’explique en grande partie par l’effondrement du marché étasunien des prêts hypothécaires à haut risque et par l’onde de choc qu’il a provoquée dans le monde entier. Fin 2007, les marchés financiers n’arrivaient toujours pas à mesurer avec exactitude l’ampleur des répercussions.
D’une manière générale, les marchés boursiers mondiaux ont réussi à dégager des rendements positifs l’an dernier. Certains secteurs, notamment les actions bancaires et autres titres financiers, ont toutefois subi d’importantes pertes. Même les obligations et les placements à revenu fixe, traditionnellement des valeurs refuges pour les investisseurs, se sont repliés. À cela s’ajoute l’envolée spectaculaire de notre huard. Au total, une année décevante pour les investisseurs.
L’envolée du huard
Le dollar canadien a connu plusieurs appréciations considérables ces dernières années. Mais tout cela n’était rien en comparaison de sa hausse vertigineuse de 2007.
Au début de l’année, notre dollar valait environ 0,86 $US. Il a gagné régulièrement des points au fil des mois pour atteindre en novembre son apogée de tous les temps : 1,10 $US! Le huard a retrouvé la parité avec le billet vert fin décembre et se maintient dans ces eaux depuis cette date.
Une croissance aussi rapide n’est jamais à l’avantage des Canadiens et Canadiennes qui investissent dans les valeurs étrangères. Pourquoi? Parce que les gains réalisés sur ces titres diminuent considérablement une fois convertis en dollars canadiens – quand ils ne se métamorphosent pas en pertes pures et simples. Ainsi que nous l’avons vu en 2006, le phénomène inverse bénéficie aux investisseurs du Canada : quand le huard « perd des plumes », les profits dégagés sur les valeurs étrangères augmentent d’autant.
Certains fonds constitués d’actions étrangères sont protégés par une couverture qui annule l’impact des fluctuations des taux de change. La plupart des gestionnaires préfèrent toutefois renoncer à cette stratégie, car elle présente l’inconvénient de grever le fonds de frais additionnels alors que le problème des variations n’est généralement que temporaire.
Selon les paramètres économiques actuels, le taux idéal s’établirait encore aux alentours de 0,85 $US pour 1 $CAN. Ce taux n’a rien d’inconcevable : rappelons-nous la valeur de notre huard il y a un an! Plusieurs facteurs pourraient ramener la devise canadienne vers les 0,85 $US – mais ils sont tous aussi imprévisibles les uns que les autres. Quoi qu’il en soit, ce recul finira par se produire. Vous pensez que « cette fois, c’est différent »? Prudence…
L’effet domino des prêts hypothécaires à haut risque
L’autre événement marquant de l’année 2007, c’est évidemment l’implosion du marché des prêts hypothécaires à haut risque et la crise qu’elle a déclenchée sur les marchés du crédit. Compte tenu de l’ampleur restreinte du marché hypothécaire à haut risque, l’impact de son effondrement a de quoi étonner. Fait plus surprenant encore, le « virus » s’est propagé hors des États-Unis à une vitesse stupéfiante, entraînant rapidement un resserrement marqué du crédit au niveau international. Il me semble intéressant ici d’examiner ce cas en quelques mots.
Les prêts hypothécaires à haut risque ont été conçus à l’origine pour permettre à des emprunteurs d’accéder à la propriété résidentielle en dépit de la faiblesse de leur dossier de crédit. Leur risque de défaut de paiement étant plus élevé que la moyenne, les prêteurs leur imposaient naturellement des taux d’intérêt plus substantiels. Les prêts hypothécaires à haut risque se sont vite multipliés, car les conditions du marché leur étaient favorables. En particulier, le prix des maisons augmentait rapidement et les taux d’intérêt stagnaient à des niveaux exceptionnellement bas. La porte était grande ouverte aux pires excès…
À la même époque, face à la faiblesse des taux d’intérêt, les détenteurs d’obligations du monde entier se sont mis en quête de placements à revenu fixe plus profitables. Les banques d’affaires ont alors voulu concilier les objectifs des emprunteurs et ceux des investisseurs. Elles ont regroupé différents types de dettes (prêts hypothécaires, emprunts automobiles, cartes de crédit, etc.) sous forme de valeurs mobilières qu’elles ont vendues aux investisseurs. Pour procurer des rendements plus juteux, elles ont « pimenté » leur recette de quelques prêts hypothécaires à haut risque. Au total : un produit de placement qui ressemble à un titre obligataire et qui permet d’engranger d’assez bons rendements sans courir trop de risques. C’est en tout cas ce que tout le monde croyait.
Les investisseurs de tous les pays se sont jetés goulûment sur ces nouveaux titres, en fermant les yeux sur le principe de base du placement obligataire : le risque est proportionnel au rendement.
La demande a vite augmenté; de nouveaux produits, de plus en plus extravagants et complexes, ont fait leur apparition sur le marché. Certains investisseurs ont même emprunté pour se procurer ces placements vedettes de l’heure. Chronique d’une catastrophe annoncée... Dès que les taux d’intérêt ont repris du mieux et que le marché résidentiel s’est calmé, les défauts de paiement ont proliféré dans les prêts hypothécaires à haut risque. Vous imaginez sans peine la suite pour tous ces produits de placement qui avaient été vendus aux quatre vents et qui contenaient de tels prêts hypothécaires.
Dans le monde des placements comme dans la vie, le retour du balancier ne se fait jamais attendre trop longtemps. Quand les taux d’intérêt descendent très en dessous des moyennes passées, on peut prédire sans trop risquer de se tromper qu’ils finiront par remonter un jour ou l’autre. Et quand le prix des résidences augmente à un rythme très supérieur à sa moyenne, le repli est à prévoir. Ce n’est qu’une question de temps! Comme le soulignait Sir John Templeton, ne croyons pas trop vite que « cette fois, c’est différent. » Ces quatre petits mots peuvent décidément coûter très cher.
À quoi nous attendre pour 2008?
Pour l’instant, les marchés financiers en sont encore à évaluer les répercussions de l’effondrement des prêts hypothécaires à haut risque. Cela pourrait leur prendre encore quelques semaines ou quelques mois. D’ici là, ils devraient rester volatils.
L’épisode actuel n’est évidemment pas le premier resserrement du crédit de l’histoire boursière. Rappelez-vous la « grippe asiatique » qui a été déclenchée en 1997-1998 par la dévaluation du baht thaïlandais. Les circonstances étaient bien différentes, mais l’impact sur les marchés du crédit a été le même : une pénurie de liquidités menaçant de paralyser complètement l’économie mondiale. À mon avis, la situation est moins grave aujourd’hui qu’elle ne l’était en 1998, car la « grippe asiatique » constituait l’un des premiers défis de la mondialisation; par conséquent, les mécanismes de correction étaient encore très mal définis à l’époque.
En 1998, dans le cadre du plan de sauvetage mondial, la US Federal Reserve [la banque centrale des États-Unis] a fait baisser les taux d’intérêt. Aujourd’hui, cette décision semble avoir jeté les bases de la crise actuelle. Maintenant, les banques centrales d’autres pays et la US Federal Reserve travaillent ensemble à l’élaboration de solutions plus imaginatives. L’histoire nous montre que nous tombons souvent dans l’imprévoyance et la cupidité… Mais elle prouve aussi que nous savons faire preuve de sagesse quand la situation l’exige! C’est ainsi que nous progressons…
